25 novembre 2010

La honte doit changer de camp !

Posted in important... tagged , , , à 00:32 par Nath

« Viol : la honte doit changer de camp »

Ce soir, j’ai dix-huit ans. C’est l’été, on fête le bac. Je suis avec une amie et ses potes de promo dans une ferme où je ne connais qu’elle. On boit. Un peu pour ma part, beaucoup pour d’autres, trop pour la plupart… Ce n’est pas très grave, on aura tout le temps de décuver le lendemain.
On s’embrasse, à pleine bouche. Ce n’est pas grave non plus, ce n’est pas sérieux et pour moi qui n’ai pas de succès avec les mecs, c’est carrément chouette, tant pis si c’est un succès auprès de mecs bien imbibés, ce soir j’en profite. Juste un peu.
L’attraction, c’est les bottes de foin sur lesquelles on monte pour regarder les étoiles. Ou embrasser son copain. Ou plus si affinités. Je suis couchée tout en haut. C’est la mode des chemises de bûcheron. Avec un T-shirt, un jeans et des baskets, ça n’a rien de provocant sur une fille trop grosse. Un mec monte regarder les étoiles avec moi. On discute.
« Une étoile filante ! Tu l’as vue ? »
« Tu as fait un voeu ? »
« Oui ! »
Il m’embrasse. Je le repousse les yeux ronds.
« Mais qu’est-ce que tu fais ?! »
« Désolé, j’ai cru que c’était ça ton voeu. »
Je nie, d’une petite voix. C’est pas grave. On continue à discuter en regardant les étoiles.
Deux de ses copains nous rejoignent. L’un d’eux est vraiment joli garçon. Il me plaît bien. Il a passé la soirée à draguer une autre fille, très belle. Je ne me pose pas de questions. Après tout, on n’est qu’à dix mètres des autres et les effets de l’alcool sur moi se sont pas mal évaporés et deux couples se bécottent sur les meules voisines. On parle de tout et de rien. Surtout de rien en fait je crois, jusqu’à ce que l’un décrète que je vais passer à la casserolle.
En une phrase tout l’alcool s’est évaporé, j’ai peur, je suis tétanisée, je bredouille que non, comment ça, qu’est-ce qu’ils racontent. Ils disent que toutes les filles y sont passées, qu’est-ce que je crois, ils ont envie là, tous les trois.
L’une des filles d’un des couples d’à côté en rajoute, droit de cuissage et oui, elles y sont toutes passées. Ca ne fait que me terrifier plus : je me rends compte que je suis seule finalement, que personne ne réagirait si ces trois types décidaient de… Je suis incapable d’avoir la moindre pensée cohérente. J’ai peur. Cette fois-ci c’est bon, c’est mon tour. J’ai peur. Comme dans un film ou une série télé. J’ai peur.
« Je vais chercher des bières. »
L’un des types descend. Je profite de la brèche, lance un « moi aussi ! » et saute du haut des bottes de foin. Je ne sais pas comment je fais pour ne pas me casser le cou. Je cours jusqu’à la voiture de mon amie et m’y enferme, recroquevillée sur le siège du passager. Je ne pleure pas. J’ai encore trop peur.
L’un des types passe à côté de la voiture et me fait signe. Comme si rien ne venait de se passer. Je ne bouge pas.

Mon amie me ramène à la maison. Elle me dit que je suis blanche comme un linge. Je lui raconte. Elle rit. J’exagère, c’était une blague et ce n’était certainement pas aussi horrible que ça. J’insiste, ça la fâche. Le foin que j’ai éparpillé dans la voiture la fâche aussi.
Je ne sais pas ce qui m’ébranle le plus. Ces trois types ou la réaction de mon amie.

Maman se réveille quand je rentre. Elle sent que quelque chose ne va pas, elle se lève. Je lui raconte tout. En pleurs. Elle me console, pleure avec moi, a aussi peur que moi. Je m’endors.

Mon amie vient me voir. Elle a eu la fille de l’autre couple qui se bécottait au téléphone qui a confirmé que les trois types « y sont allés un peu fort ». Elle dit les avoir eus au téléphone aussi, qu’ils « s’excusent », que c’était une mauvaise blague, que je ne risquais rien. Et puis, ajoute-t-elle, c’était ma faute aussi. Après tout, j’étais allée m’isoler avec trois mecs ! Je l’accompagnais finir les grillades à la ferme ?
Je ferme la porte. Non merci.

Un mois plus tard ? Six peut-être ? Je ne sais plus. Je revois le joli garçon dans un bar. Enfin, je vois un joli garçon qui me fait signe, tout sourire. Ma voisine de table est jalouse qu’un si beau mec s’intéresse à moi. Je ne le reconnais pas sur le coup. Je reconnais sa copine par contre : la belle nana qu’il avait draguée à la fête.
Et lui qui me fait signe et me salue.
Comme si de rien n’était.

Je n’ai rien fait après cela. Je n’ai pas porté plainte, je n’ai pas pris de cours d’auto-défense, je n’ai pas été voir de psy, je n’ai pas eu plus de jugeotte qui m’aurait épargné d’autres situations de ce genre. Je n’y pense tout simplement pas. Sauf parfois, quand ça remonte à la surface et que j’ai à nouveau peur. Aussi peur que ce soir-là.

Comment je n’ai pas été violée mais vraiment parce que j’ai de la chance.
[ZoneZeroGene] « Contre le viol, objectif légitime, arguments discutables ».
Signez la pétition et faites tourner. è_é

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Un commentaire »

  1. […] This post was mentioned on Twitter by ☾Arysuh☽, Boule de poils. Boule de poils said: RT @Arysuh: [blog] Viol : la honte doit changer de camp. http://wp.me/ptAx-m6 […]


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